La societé des «Hauts Fourneaux et Aciéries de Steinfort» (1910-1962)

Quelle: nos cahiers Kanton Capellen 3/4   2003

Autor: STEVE KAYSER

 La societé des «Hauts Fourneaux et Aciéries de Steinfort» (1910-1962)

Regards sur un demi-siècle d`une histoire mouvementée

Introduction (1846-1910): l'ère des maîtres de forges

«La longue histoire de la sidérurgie luxembourgeoise est aussi une histoire des prises de participation, de fusions et de coopérations.›› L’histoire de l'usine de Steinfort, et plus précisément l’histoire de la société Hauts Fourneaux et Aciéries de Steinfort confirment cette thèse de l’économiste André Bauler (1).

L’usine est fondée par l'industriel luxembourgeois Guillaume Pescatore en 1846 (2).

Un premier haut fourneau permet de transformer les minerais d’alluvion en fonte par le recours au charbon de bois. Dans une première phase, les industriels se contentent des réserves en matières premières des alentours. En 1852, l`usine passe entre les mains de la famille des maitres de forges des Collart. La société en commandite Charles & .Jules Collart voit le jour. Les Collart possèdent en outre des concessions minières au Sud du Grand-Duché. Cest ainsi que la «minette» vient remplacer les minerais d`alluvion (3).

Les frères Jules et Charles s’attaquent vite à la modernisation des locaux de production. La machine à vapeur fait son entrée dans les ateliers. Un deuxième haut fourneau est construit. L’utilisation du coke permet d’augmenter la capacité de production de fonte, tant au niveau de la quantité, qu`au niveau de la qualité. Solon certaines sources, la production quotidienne de fonte passe de 3,5 t à 12 t en 1857, voire à 24 t en 1865! Très tôt, les frères Collart développent leur propre

(1) Bauler, André: Les fruits de la souveraineté nationale ~ essai sur le développement de

l`économíe luxembourgeoise de 1815 à 1999: une une institutionnelle, lmpr. St-Paul, 200l,

p.106 ~

(2) Une source précieuse nous renseigne sur l’histoire de l’industrie du fer: Hannick, Pierre/Muller. Jean-Claude (éd.): Marcel Bourguignon (l902-1971): L’ère du fer au Luxembourg

(XVe –XIXe sieècles), Les Amis de l'Histoire et institut archéologique du luxembourg. Luxembourg, Arlon, 1999; cf. indications bibliographiques pp. 33 à 42 par Jean-Claude Muller et carte des établissements sidérurgiques luxembourgeois d’Ancien Régime par Jean-Claude Muller, pp. 664-665

(3) Lambert. Albert: Beítrag zur Geschichte der Steinforter Eisenhütte,in : Fanfare Union Musicale Steinfort, 85* anniversaire 1910-1995, 1995; Syndicat initiative Steinfort, Archives du: Notizen zur Steinforler «Aler Schmeln, juin 2003 et Belot, Adolphe: Geschichte der Hütte und der Pfarrei von Steinfort, 1948

stratégie industrielle. Celle-ci repose sur l’exploitation des mines. Jusqu`en 1898, les Collart s’appliquent à agrandir leur propriété minière, afin de se garantir une certaine autarcie.

Il faut dire que leur projet est couronné d’un certain succès. En 1891, l`Etat attribue à la société de Steinfort, les concessions très importantes du Katzenberg (12 ha) et du Heintzenberg (13 ha), près de la ville d`Esch-sur-Alzette. En moins de 30 ans, la société Charles & Julas Collart réussit à relier une grande partie de ses galeries souterraines l'exploitation est des plus modernes. Dès 1891, une centrale électrique permet d’améliorer les conditions de travail dans les galeries, grâce a une illumination permanente et grâce à un système de pompage des eaux souterraines. De plus, deux locomotives électriques permettent d`évacuer rapidement un grand volume de minerais du fond des galeries au point de charge à la surface, dans les fameux buggies. En 1898, l’extraction de minerais de fer atteint 72.000 t.

La société est transformée en société en commandite par actions, dénommée Jules Collar& Cie. En 1911, l'usine dispose de deux hauts fourneaux de petite taille.

Un troisième, construit en 1906, a une capacité de 120 t de fonte par jour.

Mais à l’époque, il n`a pas encore été mis en service. Un tonnage de 100.000 t de fonte par an est envisageable, au cas où les trois hauts fourneaux fonctionnent. La société Jules Collart & Cie occupe en tout 312 ouvriers: 172 travaillent directement à l'usine de Steinfort et 140 extraient les minerais. Les salaires moyens sont de 4 francs pour un ouvrier de l'usine de Steinfort et de 6 francs

pour un mineur.

Un certain nombre de contrats et de conventions conclues entre 1909 et 191 l, permettent à la l`entreprise des Collars de garantir l`accès aux chemins de fer

(Sociéte des chemins de [er Prince Henri) , l’approvisionnement en coke (Sa.

des Fours à Coke de Quiévraín; S.a. Hollande-Belge pour la fabrication du coke

à Maastricht; Henri (Îoopmami), lalimentation en «minette» siliceuse (Charles

Hoffmann-Nau) et la vente de fonte (Association Lorrain-Luxembourgeoíse

pour la Vente des Fontes.

Par ailleurs. l`usine de Steinfort est aussi un fournisseur d'électricité. (4)

 Depuis 1901, la Société des chemins de fer Prince Henri, en profite pour éclairer la gare de Steinfort. Le .Syndicat pour la conduite d’eau intercommunale à Esch-sur-Alzette y recourt pour assurer l’alimentation de la station de pompage dans la vallée de l`Eisch. Le 24 novembre 1910. un contrat est signé à ces fins.

(4) Maas, Jacques : «  Walther Ratheau et les hauts fourneaux de Steinfort (191l~l919)››. in: Hémecht, 1991, n°1, pp.'l41›183

usinesteinfort1898d

 

1920ouvrier copy

Seulement, l’exploitation minière devient vite le tendon d'Archille de la société des Collart. Le chemin de transport constitue un des principaux handicaps de 1`usine de Steinfort. Elle reste toujours à la merci des chemins de fer pour son ravitaillement en minerai de fer et en coke, ainsi que pour l’écoulement de sa fonte.

Les coûts de production en souffrent et avec eux la compétitivité de la société

Charles & Jules Collart  sur les marchés nationaux et internationaux, de plus en

plus animés par la concurrence allemande. A cela s’ajoute que les Collart n`ont

pas investi dans le nouveau procédé Thomas-Gilchrist (1858), qui permet d`obtenir un acier de très haute qualité. La diversification de la production a sans

doute dépassé leur mentalité de maîtres de forges.

Le poids des capitaux allemands (1911-1918):

le projet industriel de Felten 8 Guillaume.

L’usine de Steinfort, ainsi que le domaine minier qui s'y rattache, n'échappent pas au mouvement de concentration de capitaux allemands en Europe de l`Ouest.

Mais, contrairement à la mainmise des puissants groupes miniers et métallurgiques de Rhénanie-Westphalie sur l’industrie métallurgique luxembourgeoise, la société Jules Collart et Cie est absorbée par un des principaux producteurs de fils et de câbles. En décembre 1911, la firme Collart signe un compromis de vente avec les mandataires de Felten et Guillaume Carlswerk Aktiengesellschaft. L’évévnement est important. Depuis 1910 et grâce aux efforts de Walther Rathenau, le puissant producteur électrotechnique allemand A.E.G, (Allgemeine Elektríziläits Gesellschaft) détient la majorité des actions de la société F5G. Les frères Walther et Emil Rathenau visitent le site de Steinfort en décembre 1911.

Comment s'explique l’intérêt des Rathenau pour l`usine de Steinfort (5)  La tactique de F&C? tend à dégager le secteur de la transformation métallurgique du contrôle exercé par les groupes sidérurgiques de la Ruhr et notamment, le StahIweksverband, fondé en 1904. Cette stratégie «amont» cherche à assurer la production des demi-produits et les besoins en matières premières. L'intérêt de F&C pour s’introduire dans la sidérurgie luxembourgeoise se manifeste dès 1903. Les projets s`avèrent peu fructueux. En février 1911, le représentant de F&G, Georg Zapf, et le directeur de l'usine de Dudelange, Emile Mayrisch, entament des négociations difficiles. Or, la constitution du groupe A.R.B.E,D. s`oppose aux intérêts de Zapf. Les négociations échouent.

Parallèlement, F&G entre en Contact avec la famille des Collart au cours du mois

d`octobre 1911. Dorénavant, les idées sont claires. Il  s`agit de garantir l’autarcie

(5) L’historien Jacques Maas s'est penché sur la question dans son article: «Walther Rathenau et les hauts fourneaux de Steinfort (1911«1919)>›, in: Hémecht, 1991, n“ 1, pp.141~183

collart

en partant des matières premières, des demi-produits, jusqu`aux produits finis.

L’offre des Collart est prometteuse. Le producteur de fils et de câbles peut mettre la main sur les concessions minières au sud du pays, sur l`usine proprement

dite et la main-d’œuvre.

Dans ce contexte, l’ancien directeur de l`usine d'Aumetz-la-Paix à Knutange.

Hugo Dowerg, est chargé de faire une étude sur l’aménagement des installations

sidérurgiques de Steinfort. Le plan prévoit la mise en place de deux hauts fourneaux supplémentaires et capables de produire 135 t de fonte par jour. Ainsi, la capacité de production de demi-produits passerait de 100.000 t par an `a 145.000 t.  Malgré un certain nombre de problèmes (6)  posés par l’agrandissement des unités de production, Zapf reste confiant. L’acquisition de l'usine de Steinfort semble adaptée aux besoins de F&G, d`autant plus que les réserves de minerai suffisent pour couvrir les besoins pendant une trentaine d`années.

L'acte de vente du 18 décembre 1911 permet à Jules Collart de s`introduire

au conseil d’administration de F&G. Ses fils Robert et Marc occupent les postes de directeurs de l’usine de Steinfort, respectivement des mines l`Esch-sur-Alzette. Malgré les réticences de Jules Collart, réticences dictées pour des raisons fiscales, l`assemblée générale extraordinaire de la société en commandite par actions Jules Collar &Cie, réunie le 21 mars 1912, consacre la conversion de la firme en société anonyme Hauts Fourneaux et Aciéries de Steinfort, ou en allemand: Eisen- und Stahlwerke Steinfort (E.S.S.). Le capital social est fixé à 7 millions de francs, soient 14,000 actions de 500 francs chacune. Quelques mois plus tard, l’arrêté grand-ducal du 28 juin 1912 donne la base légale a la nouvelle société anonyme. Parmi les membres du premier conseil d’administration, constitué lors de la première assemblée générale ordinaire du 3 août 1912, figurent entre autres Walther et Emil Rathenau, Georg Zapf et Jules Colart.

(6) L'extension des installations pose en premier lieu un problème d’emplacement. Comme on entend installer une aciérie nouvelle, les coûts d’aménagement. de l’usine de Steinfort seraient assez élevés. L’approvisionnement en minerai de fer est analysé d'un œil très sceptique. Dowerg estime que les réserves détenues par Jules Collart et Cie seraient épuisées plus vite que prévu. Ensuite, il s'inquiète de la nature du minerai. En effet, 40% de la minette disponible sont calcareux et 60% siliceux. Or, la production d’acier Thomas requiert un rappon. de 70/30! Voilà pourquoi Dowerg propose lâchât de concessions minières dans le bassin de Briey. De plus, le transport du minerai reste lie à des couts importants. La construction d’un funiculaire reliant le bassin minier à Steinfurt est envisagée..

(7) Maas, Jacques: op. cit.: «Fin_janvier 1912 ce dernier fait valoir de très fortes réticences quant a la création d’actions â valeur nominale. Il apparait alors que lesCollart craignennt qu’une fixation du capital social n’éveille l’attention de l'administration de l'enregistrement. A l’occasion du règlement des droits de succession après le décès de Charles Collart en 1910, les maitres de forges de Steinfort avaient. en  effet délibérément sous estimé la valeur de leur entreprise.››

Dès le début, des difficultés s’opposent à la réalisation rapide des projets industriels de F&G. Les nouveaux propriétaires s’empressent de placer des ressortis sants allemands sur certains postes-clé de l'usine. Des experts en sidérurgie, comme Paul Ritter et H. Dorweg, sont censés assumer de hautes responsabilités. A coté d`un directeur en chef, Robert Collart, Carl Schwier est désigné comme directeur de l`usine de Steinfort. Les idées des deux hommes sont inconciliables. L’historien Jacques Maas remarque que Schwier se montre «intransigeant, voire cassant avec le personnel luxembourgeoises››, tout en cherchant «en toute occasion à imposer le point de vue allemand” (8) Le conflit va tellement loin qu'en octobre 1917, Collart démissionne. On le retrouve cependant aux conseils d’administration de l'E.S.S. et de F&G.

Rathenau doit faire face à d’autres problèmes de nature matérielle Le plan de construire une nouvelle aciérie Thomas s'avère compliqué. Le site industriel de Steinfort est à plusieurs reprises sérieusement remis en question, Déjà en mai 1912, Rathenau envisage de revendre l`usine, Les investisseurs allemands sont rassurés lorsque les Hauts Fourneaux et Aciéries de .Steinfort signent la seconde convention sur les concessions minières avec le gouvernement luxembourgeois.

Cet accord du 21 juin 1913, garantit à F8G`exploitation de 125 ha de gisements miniers.

La décision de construire une nouvelle aciérie est prise en décembre 1913. L’investissement prévu est de l'ordre de 17 millions de Reichsmark. Ce n'est qu`à partir du 28 janvier 1914, lorsque la Société des chemins de fer Prince Henri, à l’instigation du gouvernement luxembourgeois, accorde aux Hauts Fourneaux et l’Acíéries de Steinfort un tarif préférentiel sur les transports de «minette», que les travaux de construction sont sérieusement entamés.

En août 1914, l’invasion allemande du territoire luxembourgeois va interrompre la production pendant quelques semaines.(9).  La situation est chaotique. L’alimentation en coke en provenance de 1'/Allemagne est suspendue. De nombreux ouvriers immigrés quittent leur travail pour rejoindre leur pays natal. Schwier et Collart quittent le Grand-Duché. Paul Ritter reste le seul responsable de F&G à sur place. Il doit faire face au mécontentement croissant des ouvriers.

La Première Guerre mondiale modifie complètement les stratégies de production de la société des Hauts Forneaux et d'Aciéries de Steinfort. Comme Walther Rathenau est responsable du service spécial de laKiegs-und Rohstoffab-

(8)  Maas, Jacques: op.cit. La répartition des ouvriers selon leurs origines est la suivante: sur un total de 275 ouvriers, 87,9 % sont luxembourgeois. 79% belges; 2,9% allemands; 0,7% italiens et 0,3% français.

(9) Maas, Jacques: op.cit.

teílung, auprès du ministère de la Guerre, F&G oriente très vite sa production vers les besoins dictés par l'effort de guerre allemand. Il est prévu d'installer une aciérie électrique  Steinfort. Celle-ci devrait permettre de produire de l`acier spécial, destiné `a l`industrie de l’armement. Dès l915, Rathenau vise la production de grenades.

Ceci finit par inquiéter le gouvernement luxembourgeois. Il ne faut pas oublier que le Luxembourg est un pays neutre. Le ministre d'Etat Paul Eyschen et le commissaire du gouvernement près des chemins de fer, Noppeney, craignent que le Grand-Duché de Luxembourg ne finisse par se transformer en champ de bataille. Noppeney met en garde contre l’éventualité de bombardements aériens.

Malgré ces réticences, l'E.S.S. profite des faiblesses du gouvernement Loutsch et obtient l`autorisation gouvernementale pour étendre son projet industriel d’origine, à la construction de deux hauts fourneaux, d`une aciérie et d`un laminoir.

Afin de s’assurer l'appui technique, la direction de F&G s'associe à la société Stahlwerke Richard Lindenberq à Remscheid, spécialisée dans le domaine de l'acier électrique. F&G garde la majorité des actions. 33% sont cédées à Lindenberg en été 1916. Le capital de la E.S.S. est augmente de 3 millions de francs. Il est prévu d’assurer un volume de production de 180.000 t d’acier Thomas. respectivement de 40.000 à 45.000 t d'acier Martin. Seulement. depuis sa mise en service en août 1916, 1`aciérie électrique de Steinfort ne couvre pas les besoins urgents exigés par la guerre. Pour répondre aux pressions exercées par les milieux militaires, F&G accepte de démonter une aciérie Thomas près de Valenciennes et de l'établir à Steinfort.

Cette décision est lourde en conséquence. D`une part, le capital social des Hauts Fournaux et Aciéries de Steinfort est encore une fois augmenté. Il passe à 17 millions de francs. Les industriels s’attendent a une production annuelle de 70.000 t d’acier Thomas! D`autre part, compte tenu de la neutralité du Grand-Duché, la mainmise sur des installations industrielles françaises compromet de plus en plus la sidérurgie et le gouvernement luxembourgeois. Enfin, l`aciérie n’est prête qu'après la victoire des Alliés! A ce moment-là, les conditions de la paix frappent de plein fouet l’usine de Steinfort,

L’entre-deux-guerres (1919~1939):

Angleur-Athus et Famorce du déclin.

Dans un premier temps, les troupes américaines occupent le site. La production est interrompue. L'aciérie en provenance de Valenciennes devra être démontée à

nouveau et restituée à ces anciens propriétaires, aux frais de l'E.S.S.l Et Jacques

Maas de rajouter:

usine vers 1914

 

1919 acierie copy

«Les modifications subies à Steinfort, les démontages et remontages successifs auront fait en. sorte que l'acíerie  de Trith-St. Léger soit finalement bonne à mettre feraille » (10)°

Comme le Grand-Duché de Luxembourg dénonce le Zollvereín en décembre

1919, l’avenir des hauts fourneaux de Steinfort est de mauvais augure. De plus, une barrière douanière sépare dorénavant les gisements miniers lorrains des usines luxembourgeoises. Les actionnaires de F&G craignent que le gouvernement saisisse les actions de la société de Steinfort. Voilà pourquoi, à la fin juillet 1919, la direction de F&G ouvre les négociations en vue de revendre l`usine de Steinfort. A la fin de la même année, la Société des Mines de la Loire rachète les parts dans la société des Hauts Fourneaux et des Acéries de Steinfort à F&G et à

Lindenberg, au prix de 11 millions de francs suisses. Robert Collart figure toujours parmi les membres du nouveau conseil d’administration. Il a même réussi à garder sa place auprès de F&G

Année

 

 Fonte Acier électrolytique  Acier Martin Acier Thomas

1912

1913

1914

1915

1916

1917

1918

1919

1920

1921

1922

1923

1924

1925

1926

1927

1928

1929

1930

1931

 70.244

73.014

46.901

49.081

57192

47.081

45.357

27.072.50

29.881.50

31.566

46.942.50

40.852.50

55.210.03

58.840

56.438.47

58.637.83

62.571.65

59.413.61

37.557.90

11.990

 

 

 

 

 1487

3.232.23

2426.21

 

 

 

2.903.30

3.407.49

4.810.69

5.121.92

6.601.13

5.315.05

5.747.10

6.409.83

 

45.42

 

 

 

 

 

282

14.104.73

13.446.36

 

5.144

1.133.58

 

8.852.46

4.231.98

50

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3.185.06

La production de Fusine de Steínfort (en tonnes par an). Ce tableau, étbli en 1942 par les autorités allemandes (11). témoigne du  manque de diverification et du  retard dans la production.

_________________________________

(10) Maas, Jacques : op.cit.

  1. ANLUX CdZ. A-3-12:()27, dossier relatif à la «Steinforter Hochofen und Stahlwerke A.G.», 19421944: rapport à l’adresse de Simmer sur la «Steinforter Hochofen und Stahlwerke A.G_››, 17 avril 1942

Nous pouvons affirmer que la Grande Guerre a sonne le glas de l`usine de Steinfort. En 1921, la société belge Athus-Grivegnée reprend les Hauts Fourneaux et Aciéries de Steinfort,. En 1927, le groupe Angleur-Athus, absorbe son prédécesseur. l`usine de Steinfort n’échappe pas à l`étau de la crise économique de 1929.

Faute de compétitivité, ses activités cessent en l93l.

Dès le milieu des années“30, les agents secrets nazis suivent de près l’évolution de la sidérurgie luxembourgeoise. Ils réalisent vite que le Reich ferait mieux de tenir compte de ce qu'ils considèrent comme «complexe Luxembourg», (12)

Les rapports des services secrets nazis, notamment ceux du SD (Sícherheítsdíenst) témoignent de l'intérêt suscité par les sites industriels du Luxembourg”

La situation géopolitique internationale jette l'ombre sur l’économie européenne.

Le Luxembourg n'y échappe point. Sa production est frappée dune inquiétante récession. Néaumoins, de 1936 à 1937, la production a pu être renforcée de façon remarquable. La production de fonte passe de 1.9 millions de tonnes à 2,5 millions de tonnes. Il en est de même pour la production d'acier, En 1938, dans l’espace de quelques mois seulement, la crise frappe le Luxembourg de plein fouet: le volume de production n’est plus que de 55% de celui de l’année précédente! La vulnérabilité de l’économie luxembourgeoise éclate au grand jour. Elle est plus que jamais dépendante des marchés étrangers et surtout du marché de son puissant voisin germanique (14)."

A l’approche du conflit, Hitler a besoin de matières premières pour réaliser sa course aux armements. C’est au cours de 1938 que l'activité reprend quelque peu, Nous observons surtout une forte demande en minerai de fer (15). Les tonnages en minerais passent de 3,2 millions de tonnes en 1938 à 3.6 millions de tonnes pour les mois de janvier à août 1939. L’exploitation en minerais reprend, à tel point, qu’après une interruption de plusieurs années, la société Angleur-Athus

12 -ANLux CdZ SD O I3: rapports du SD sur la situation économique de l’industrie lourde au Grand~Duché. 1937-1939; rapport SD non-daté, «Die Wirtschaftslage in Luxernburg» (vraisemblablement juillet 1938)

13 -ANLux CdZ SD O13: rapports du SD sur la situation économique de l’industrie lourde au Grand-Duché, 1937-1939

14- ANLux CdZ SD O13: rapports du SD sur la situation économique de l'industrie lourde au Grand›Duché, 1937-1939; cf: rapports SD «Rückgang der luxemburgischen Eisen und Stahlproduktion », 11.08.1938; rapport SD du 17 juillet 1938; rapport SD non daté_ «Die Wirtschaftslage in Luxemburg» (juillet 1938) et tableau «Die Welterzeugung an Roheisen und Rohstahl 1937/1938» du 14.2.l939, complétant le rapport SD «Luxemburg und die Welterzeugung in Roheisen und Rohstahl 1937/1938», du 15.2.1939

15 -ANLux CdZ Si) O13: rapports du SD sur la situation économique de l'industrie lourde au Grand«Duché, 19374939; rapport d'octobre 1939 sur la situation économique

 réactive les mines du Prinzenberg (16). Pour pouvoir toucher aux minerais  afin d’alimenter leur usine d`Athus ~, les propriétaires belges s’engagent auprès de L’Etat luxembourgeois, à réactiver au moins un haut fourneau. Le projet est mortné.

Les Allemands n’hésitent pas à analyser la situation critique de la sidérurgie luxembourgeoise sous un angle politique. Les observateurs dénoncent l'attitude «opportuniste» des Luxembourgeois après la Grande Guerre. Ils blâment leur <<Ingratitude>› à l'égard de l'Allemagne. dont les investissements, tant financiers, que technologiques, auraient permis le décollage économique du Luxembourg." La hantise de la mainmise allemande sur l’économie luxembourgeoise, masque mal le spectre de l’occupation nazie du Grand-Duché (18).  Dans ce contexte, les réflexions d'un informateur germanophile sont assez éloquentes:

«Man mag diesen Zustand deutscherseits aus Zweckmässigkeitsgründen sanktionieren,jedernfalls stellt er eine Schande dar, die über kurz oder lang ausgemerzt werden müsste.››

A la fin des années `3O, les installations et les infrastructures de l'usine de Steinfort sont dans un état lamentable. La société des Hauts Fourneaux el. /Aciéries de Steinfort est clans de très mauvais draps. Malgré les pertes importantes, l’espoir de voir redémarrer l’activité industrielle dans la vallée de l'Eisch n'est pas définitivement abandonnée. Une coupure de presse, tirée du Luxemburger Wort, décrit la situation en ces mots (19)

«Das Hüttenwerk von Steinfort.

Während des ganzen Jahres 1937 lagen sowohl das Hüttenwerk, als auch die Erzgruben von Steinfort still. Die zwischen der Leitung des Werkes und der Regierung angebahnten Verhandlungen haben zu einer Einigung geführt. Das Werk ist ermächtigt, worden, einen Teil der Minette an dritte zu verkaufen. Nach der Ratifizierung dieses Abkommens durch die Abgeordnetenkammer wird die Eisenförderung wieder aufgenommen werden können und vielleicht wird die Inbetriebsetzung des Hüttenwerkes von Steinfort nur mehr eine Frage der Zeit und der Kon-

16 -ANLux Cdl SD 013: rapports du SD sur la situation économique de l’industrie lourde au Grand -Duché. 1937- l939; rapport «Lagebericht übcr Luxemburg». 1er novembre 1939

17- ANlux CdZ SD 013: rapports du SD sur la situation économique de l’industrie lourde au Grand-Duché, il 937-1939; rapport SD non-daté, «Die Wirtschaftslage in Luxernburg» juillet 1938)

18 - AHLUX CdZ. SD 013: rapports du SD sur la situation économique de l’industrie lourde au Grand-Duché, 1937-1939; rapport SD non-daté, «Die Wirtschaftslage in Luxemburg» (juillet 1938)

19- LW, Nr 165, du 14.6.1938

junkturentwícklung sein. - Das Jahr 193 7 schlíesst ab mit einem Verlust von 446.843,93- fr: Das Aktienkapital beträgt. 25 Milionen Franken.››

Or, toutes ces tractations resteront inappliquées!

L’occupation allemande (1940-1944):

Krupp et la tentative de revivîfier le site de Steinfort

Dès les premiers mois de l`occupation les Allemands se soucient de l'avenir de l'usine de Steinfort. Ses structures administratives et financières se résument en quelques lignes.(20) Le capital effectif de la société est de 2,5 millions Reichsmark. 97% des actions sont détenus par la société belge /Angleur-Athus, Considérée comme société ennemie, son capital est mis sous séquestre. (<Feindvermögen››)

Il tombe sous la coupe du chef de l’administration civile (CdZ), le Gauleiter Gustav Simon, qui cumule entre autres fonctions, celle de commissaire délégué à la gestion de la propriété ennemie. L’ingénieur diplômé Josef Jakobs, responsable de l’exploitation des mines auprès d'Angleur-Atlurs dirige l'usine.

Par ordonnance du 9 mai 'l942, Simon désigne le secrétaire d`état berlinois à la retraite, Gustav Koenigs comme administrateur officiel pour le site de Steinfort.

Le conseil d’administration est dissous. L’assemblée générale, prévue pour le 30 avril 1942, a été renvoyée aux calendes grecques. Dès le 3 février 1943, Koenigs charge le directeur de mines, Gustav von Emerick, de la direction de la Steinforter Hochofen und Stahlwerke A.G.(2Î)

Pour l`usine de Steinfort, l’occupation allemande est une période marquée par une incroyable alternance d’espoirs et de déceptions. L’historien est frappé par l’empressement de la part de l’administration civile nazie afin de réactiver les installations industrielles de Steinfort. Ici, les intérêts purement économiques des ministères compétents se heurtent aux intérêts idéologiques et socio-économiques de la Gauleitung et du CdZ, qui cherchent avant tout à propager et à consolider le Volksturm allemand au Grand-Duché. Dans un premier temps, une unité de pionniers de la Wehrmacht occupe l'usine de Steinfort. Les soldats se retirent dès le 5 février 194 l (22).  En repassant en revue les installations les responsables de l`usine constatent que deux moteurs.

20 -ANLUX CdZ A-3-l: 034: dossier relatif à une demande de dédommagement de la pari de la société «Steinforter Hochhöfen und Stahlwerke A.G_» l94l-l944; lettre interne à l'administration civile (section lll à section l), l3 juillet 1943

21- ANLux CdZ A--3›l2: 027, dossier relatif à la  «Steinforter Hochofen und Stahlwerke A.G.», 1942-l94/l; lettre de Koenigs à Jakobs, 25 juin 1942

22- ANLux CdZ A~3~l: 034: dossier relatif à une demande de dédommagement de la part de la société «Steinforter Hochofen und Stahlwerke A.G»>, 1941-1944

Abschrift

Der Chef der Zivilverwaltung                                    Berlin W8, den 9. Mai 1942  

            in Luxemburg                                                   Mauerstrasse 43

Kommissar für die Verwaltung von unter                              Fernsprecher: 110044 (Reichjustizministerium)

feindlichem Einfluss stehenden Unternehmen              Auswärts 1/6516

    Tgb- Nr L 82.42

Es wird gebeten diese Geschäftszeichen und den Gegenstand bei weiteren Schreiben anzugeben

Ich bestelle Sie im Einvernehmen mit dem Chef der Zívi1verwaltung  in Luxemburg hiermit zum Verwalter des Steinforter Hochofen und Stahlwerk A.-G. in Steinfort.

Ihrer Verwaltung unterliegen auch die im feindlichen und belgischen Eigentum stehenden Aktien der Gesellschaft.

Sie sind zu allen gerichtlichen und außergerichtlichen  Rechtsgeschäften und Handlungen befugt, die der Betrieb des Unternehmens mit sich bringt.

Ihre Befugnisse regeln sich im Übrigen nach der Verordnung des Chefs der Zivilverwaltung Luxemburg über die Behandlung feindlichen Vermögens in Luxemburg vom 21. Februar 1941.

Nur mit. Meiner ausdrücklichen Genehmigung können Sie

1. Grundstücke oder grundstücklichem Rechte erwerben, veräußern oder belasten, sofern der Wert den Betrag von RM 350.000,- übersteigt.

2. Beteiligung an anderen Unternehmen erwerben  veräußern;

3. neue Betriebs- oder Geschäftszweige aufnehmen oder bisherige

Betriebs- oder Geschäftszweige aufgeben;

4. Zweigniederlassungen errichten oder aufheben.;

5. Neu- und Umbauten wesentlichen Umfanges vornehmen;

6. die Satzung ändern;

7. das Unternehmen oder Teile des Unternehmen veräußern , abwickeln,

verpachten oder stilllegen;

8. leitende Beamte der Gesellschaft bestellen oder abberufen.

Gez. Dr Krohn.

An Herrn Staatssekretäre i.w Gustav Koengs, Charlottenburg 9,

Fürstenplatz 12.

électriques ont disparu, Aussitôt, la Steinforter Hochofen und Stahlwerke A.G. porte plainte contre inconnu auprès du parquet. La question est de savoir si la disparition de ces engins peut être considérée comme un dommage subi suite aux opérations militaires (Kriegsschaden) (23). L’affaire traîne. ll faut attendre le mois de juin 1944 pour que la section lll de l’administration civile, la Wirtschaftsabteílung, chargée de la gestion des affaires économiques, reconnaisse finalement qu'il s`agit d`un dommage de guerre. Mais le dossier en reste la...

Dès 1942, Gustav Simon exhorte la section il à trouver un moyen pour réactiver les installations industrielles de Steinfort. Or, en avril 1942, un premier rapport présenté au Dr. Simmer, le responsable de ce service, est de mauvais augure. L'usine de Steinfort est qualifiée de «ferraille>›.(24). A part les infrastructures ferroviaires, qui sont en parfait état, tout semble contredire une remise en service. La majeure partie de l'équipement technique a été soit vendue, soit déménagée en Belgique par la société Angleur-Athus. Le restant des installations et des locaux de production est tellement délabré, que des investissements très importants seraient nécessaires pour permettre une reprise de la  production. Par ailleurs, il ne faut pas sous-estimer le problème de la main d`œuvre, qu’il serait difficile, voire impossible de recruter dans les alentours.

Les experts de la Wirtschaftsabteilung ne voient qu`une seule solution: démonter tout ce qui est encore utilisable, pour que d’autres producteurs puissent en profiter!(25)

L’avis des experts du Ministère de l’armement confirme ce scepticisme (26)  Partant d'une rentabilité plus que douteuse, l’argument décisif reste celui des complica-

23- En effet, en vertu de l`extension du décret du 30 novembre l940 sur les dommages de guerre, aux territoires occupés en avril 1941, le dédommagement de tels dégâts est possible.

24- ANLux CdZ A-3-12: 027, dossier relativ à la «Steinforter Hochofen und Stanhlwerke A.G_››, 1942-1944 ; rapport à l'adresse de Simmer sur la «Steinforter Hochofen und Stahlwerke

A.G.›», 17 avril 1942: «Das Hüttenwerk im heutigen Zustand ist grösstenteils nur noch als

Schrott zu bezeichnen.>›

25 – ANLux  CdZ A-3-12: O27, dossier relatif à la «Steinforter Hochofen und Stahlwerke A.G.››, l912-l944; rapport à l'adresse de Simmer sur la «Steintorter Hochofen und Stahlwerke

A.G.», 17 avril 1942; «Dagegen erscheint es dringencl notwendig, die noch brauchbaren  Anlagen des Werkes nutzbar zu machen durch Abgabe an andere Unternehmungen.››

26- ANLuX CdZ /A-3-l2: 027, dossier relativ à la «Steinforter Hochofcn und Stahlwerkc A.G.››,

1942- 1944; rapport du Wehrkreisbeauftragter XII des Reichsministers für Bewaffnung und

Munition, Dr. Fläschl à Simmer, 1er mai 1942; «Die Eisenerzvorräte in Luxemburg sind sehr

beschränkt und sollten deshalb den vorhandenen und günstiger arbeitenden Hütten vorbehalten bleiben; der Bau eines neuen, oder wie es bei Steinfort erforderlich wäre, fast neuen Werkes erscheint nicht erwünscht. ››

tions au niveau de l`alimentation en minerai de fer. A priori, un redémarrage semble donc impossible. Entre-temps, les premiers efforts sont faits pour attirer des industriels allemands, intéressés à reprendre les installations de Steinfort. Mais, leur situation géographique ne parle pas en leur faveur. Le démontage et le déplacement des unités encore intactes ~ y compris les grands halls! - vers des lieux de production dans le Reich paraît la seule option viable.

C’est alors qu’apparaît le deus ex machinea. La puissante société Krupp Stahlbau ›- Friederich Krupp AG, manifeste son intérêt pour 1`usine délabrée.(27)  D`abord, les négociateurs de Krupp affichent a leur tour les plus vives réticences a l'égard d'une reprise de la production a Steinfort. Leurs regards intéressés fixent les deux grands halls de l`ancienne aciérie et les grues, qu'ils entendent transférer à Coblence.

Les inspections du site se poursuivent. Les avis restent formels: les coûts démesurés pour faire fonctionner le site et la pénurie d`ouvriers détruisent tout optimisme. La question de la main-d`oeuvre ne doit pas être négligée (28). Une enquête montre que sur les 674 ouvriers qui habitent les alentours de Steinfort29, tous travaillent dans une des trois usines de Rodange, d'Esch-sur-Alzette ou de Differdange. Aucun argument ne justifierait un transfert de ces ouvriers à l'usine

de Steinfort. Comme l'effort de guerre allemand réclame une mobilisation totale de toutes les ressources humaines et matérielles, chaque ouvrier est indispensable. Retirer des hommes de Rodange, d`Esch ou de Differdange pour le faire travailler à Steínfort ne résoudrait pas le problème, mais ne ferait que le déplacer. Les experts sont en face d'une situation sans issue. L’appel à la main-d`oeuvre étrangère paraît alors la dernière possibilité de remédier à l'impasse. Mais les autorités politiques l’écartent. En effet, la Gauleitung s`y oppose, par souci d'ôter au Luxembourg son rôle de carrefour international.(30)

Gustav Simon veut trouver une solution contribuant au développement régional.

Il met sous pression son spécialiste en matière économique, le Dr. Simmer. Ce dernier ne fléchit pas sur un point: il exclut une reprise de la production sidérurgique sur le site de Steinfort. Par contre, il entrevoit  avec beaucoup de réserve, il est vrai - la possibilité d'y implanter d’autres entreprises industrielles. Mais il ne

27- ANLux CdZ A-3-12: 027, dossier relatif à la «Steinforter Hochofen und Stahlwerke A.G.»,

'l942- 1944 ; lettre de Krupp a Simmer, 14 mai l942.

28- ANLux CdZ A-3-l2: O27, dossier relatif a la «Steinforter Hochofcn und Stahlwerke A.G.››.

1942-1944; rapport du directeur général Max Paul Meier à Simmer, 17 juin 1942: «Auch die

Arbeiterfrage wird kaum zu lösen sein» et rapport de Simmer, 22 juin l942

29- Steinfort, Koerich, Hobscheid, Garnich, Bissen, Rédange et Beckerich

3" «Die Arbeiterschaft des luxemburgischen Industriegebietes soll  jedoch nicht ohne zwingenden Grund mehr als notwendig eine Internationalisierung erfahren.

biaíse pas au sujet de l'avenir du site: toute activité industrielle y est liée exclusivement au contexte de guerre. A fortiori, en temps de paix, Steinfort n`aura plus de raison cl`être.(31)

Quoiqu'il en soit, le projet Krupp correspond aux attentes des partis impliqués dans l’affaire Steinfort. Au cours des prochains mois, de nombreux intervenants vont se manifester. L’historien attentif a souvent l’impression d’observer une intense activité déployée par divers protagonistes, sans que ces derniers ne communiquent de façon régulière et efficace entre eux. A part l’objectif principal, qui est de sauver l’usine de Steinfort de la liquidation, chacun essaie de défendre sa

vision personnelle des choses.

L’administrateur délégué du CdZ, Koenigs, s’empresse de trouver d’autres intéressés. Les sociétés Vereinigte Stahlwerke et Focke  Achaelis und Co.Gmbh (32). ainsi que le cordonnier Romíka entrent en jeu. Les entrevues avec les responsables des Vereinigte Stahlwerke et de Focke sont de courte haleine. Au contraire, les propositions du producteur de chaussures Lemm, connu sous le nom de Romika (33), retiennent l’attention de Koenigs.

Comme ses anciens locaux de production en Allemagne ont été réquisitionnés par la machinerie de guerre, l’entreprise est prête à déménager sa production de pantoufles à Steinfort. Son intérêt se greffe sur la partie de l`usine, située au sud est, à l`endroit même des anciens hauts fourneaux. Deux arguments plaident en faveur de cette entreprise (34). Primo, l`option est d`autant plus intéressante que Krupp occuperait la partie plus récente de l`usine, située au nord. Le site serait ainsi complètement revalorisé. Secundo. Romíka projette d`embaucher quelque 300 personnes, de préférence des femmes et des adolescents.

L’affaire est sur le point d`aboutir. Fin juillet, Koenigs et Lemm se mettent d’accord sur un bail annuel de 12.000 RM, respectivement un prix de vente de 180.000 à 200.000 RM. Le propriétaire Angleur-Athus doit accepter, ll n`a pas

31- «Sollte das kruppische Vorhaben in Koblenz nicht zustande kommen, werden die Bemühungcn fortgesetzt, eine índustrelle Fertigung nach Steinfort zu bringenwobei jedoch berücksichtgt werden muss, dass es sich nur um eine kriegsbedingte Fertigung handeln kann, deren Fortbestehen in grösseren Umfange für die Zeit nach dem Kriege nicht vorgesehen ist»

32- ANLux CdZ A-3-l2/027: lettre de Simmer à Focke, Delmenhorst, Oldenburg, 28 mai 1942

33 - ANLUX CdZ A-3-12/027: lettre de Koenigs à Simon, l l juillet l942 et lettre de Koenigs à Simmer, 22 juillet 1942

34- ANLux CdZ: lettre de Koenigs à Simon, 11 juillet 1942 et lettre de Koenigs à Simrner, 22

juillet 1942; «Mit der Überlassung des Werksteiles der alten Hochofenanlage an die Fïrma

Romika würde in Steinfort neues wirtschaftlíches Leben entstehen, das meiner Ansicht für

das Grenzgebiet  von Steinfort vo hohen Wert wäre.››

le choix.(35)  Or, le Gauleiter hésite. Il n'est pas très chaud pour ce qui est de l’affaire Romika. Son avis est déconcertant: il précise qu'il ne donne feu vert au projet de Lemm qu`à titre provisoire!(36).  Cette décision, qui n`en est pas une, détruit les bases des négociations. Faute de documents, il est difficile de comprendre ce revirement. Nous ne pouvons que spéculer sur les motifs.

En été 1942, l’économie de guerre allemande bat à plein régime. Les revers militaires de l’hiver précédant mettent fin à la Blitzkrieg, La guerre sera longue et coûteuse. Entre février et juillet l942, l`industrie de l’armement commence à réquisitionner toutes les ressources matérielles et humaines disponibles, La production augmente de 55% (37).  Ainsi, Gustav Simon n’échappe pas à la pression exercée sur lui par le ministère de Speer. La question de la main-d`oeuvre et la question d’installation industrielles en friche sont plus délicates que jamais.

Simon n'est pas convaincu du modèle Krupp-Romika, proposé par Koenigs.

S`il rassure le conseiller économique du Gau (Gauwirtschaftsberater), le Dr. Fellbaum, que l’implantation de l’entreprise de Lemm entre toujours en compte, c’est pour gagner du temps. Le projet est remis en question.  Le Gauleiter rêve sans doute cl`une solution durable et importante, solution qu'il préfère confier exclusivement aux bras puissants des industriels de Rheinhausen. Krupp reste son favori, bien que les responsables ne se soient pas encore prononcés sur la nature et le volume de la production. Il importe de permettre à Krupp de démarrer rapidement sur une base viable et solide, et ceci aux moindres frais.(39).  Au cours du mois de juillet, Krupp s’engage pour implanter une industrie, qualifiée d'indispensable à l’effort de guerre (kriegswichtig) à Steinfort. La décision devrait tomber avant la fin du mois de juillet (40). Et en effet, le 6 août 1942, la direction de Krupp-Stahlbau informe Simmer, de son intention d’implanter une production d’aiguillages. Pour assurer la reprise de l’activité industrielle, 300 ouvriers

35- ANLUX CdZ A-3-12/027: lettre de Koenigs à Simmer, 22 juillet 1942: «Falls Angleur-Athus den Verkauf ablehnt, werde ich es Herrn Lemm überlassen, ob er die Anlagen pachtweise oder Käuflich übernehmen will. »

36- ANLuX CdZ A-342/()27: lettre de la Gauleitung (sg. Gladrow) à Simmer, 3 août 1942

37- Barkai, Avraham: Das Wirtschaftssystem des Nationalsozialismus- Ideologie, Theorie Politik 1933-1945. Fischer Taschenbuch Verlag, 1998

38- ANLux CdZ A-3-12/O27: lettre de Koenigs à Simmer, 17 août 1942; lettre de Fellbaum à Simon, 14 août l942; réplique de Simon du 25 août 1942

39- ANLux CdZ A-3-12/027: lettre de Simmer à Koenigs, '12 aout 1942: «Ich habe den Herren

wohl erklärt, dass Sie als Verwalter von Steinfort einen Preis anbieten werden, der Rücksicht nimmt auf die erforderliche Wirtschaftlichkeit des zu errichtenden Betriebes, da es

nicht das Zíel sein kann, dem Kruppunternehmen wegen eines zu hohen Kaufpreises

einen ungesunden Start zu geben zu Gunsten der belgischen Aktionäre“

40-ANLux CdZ A-3-12/O27: Simmer à Gustav Simon, 2 juillet 1942

sont nécessaires, dont la moitié doit être qualifiée! Alors qu'aucune décision officielle n`est encore prise, les travaux d’aménagement du site viennent déjà de commencer (41).

Jusqu’en automne, Koenigs et Simmer s`appliquent à donner les bases juridiques au projet Steinfort. Le premier intervient inlassablement auprès de l`administration civile pour qu`un accord réglant la propriété et l’activité industrielle, soit conclu avec Krupp. Le temps presse. A la fin du mois d`août, faute de contrat, il faudrait procéder à la démolition des halls de Steinfort, pour répondre à l’ordonnance de Speer de mobiliser toutes les ressources métalliques au profit de l'effort de guerre. Un bail de 30.000 RM est envisagé.(42) Les négociations ne sont pas évidentes. Comme si souvent, les interlocuteurs sont nombreux. Koenigs essaie désespérément de garder une vue d’ensemble. pour faire aboutir les discussions.

En même temps, le chef de la Wirtschaftsabteilung s`efforce à son tour de relancer l'activité industrielle de l’ancienne usine de Steinfort (43).  Mais le recrutement de la main-d’oeuvre est plus compliqué que prévu. Les responsables de Krupp prévoient une équipe de 100 ouvriers au départ, dont environ 40 devraient suivre une formation en Allemagne. Malgré les interventions énergiques auprès des autorités, Krupp ne peut rassembler que 34 personnes. La pénurie est tellement grave qu`on envisage de détacher provisoirement les ouvriers occupés de la démolition des installations vétustes.(44).  A la fin du mois de septembre, la situation est critique, A moins de recourir à d’importants contingents d'ouvriers transférés à partir de l`Europe de l`Est (Ostarbeiter) l’industrie luxembourgeoise risque d’être paralysée,

En dépit de tous ces efforts, les négociations vont complètement basculer en octobre 1942, Au désarroi de tout le monde, les autorités du Ministère de l`armemerit et des munitions s`opposent aux projets en cours. Le coup d'envoi est donné par un télégramme du 8 octobre, qui somme le Rüstungskommando Luxemburg de ne plus toucher aux installations du site de Steinfort. ll est prévu de les utiliser pour remettre en état les usines détruites de Dniepropetrovsk (45). Les

responsables de la Zívilverwaltung ne semblent pas réagir! Ensuite, Speer

41- Al`lLux CdZ A-3-l2/O27: Krupp à Simmcr, 6 août l9/l2

42- ANLux CdZ A~3-12/'02'/: lettre de Koenigs à Simmer, 10 août l942

43- ANLux CdZ /A-3~12/027: lettre de Simmer à Krupp, 24 août 1942: «Mit Rücksicht darauf

dass jeder hallenumbaute Raum so schnell wie möglich der Kriegsproduktion zur Verfügung zu stellen ist. bitte ich Sie, ohne Rücksicht darauf, welche Fertigung nach  Steinfort verlegt wird, mit der Instandsetzung der beiden Hallen sofort zu beginnen“

44-  ANLux Cdl A-3-12/027: lettre de Krupp à Simmer, 30 août 1942; lettre de Krupp à l’officc

du travail, 30 aout 1942 et lettre de Krupp à Simmer, 22 septembre l942

45- ANLux CdZ A-3-12/027: télégramme au Major Knorth, 8 octobre 1942

                                                                  Abschrift

Der Reichsminister Berlin                                                                      Berlin, den 29.0k1;l941           für                                                                                                           Pariser Platz 3              Bewaffnung und Munition

                     Herrn

                     Gauleiter Gustav S i m o n

                     Koblenz

                     Emil-Schüller-Str. 18-20

Lieber Parteigenosse Simon,

wie mir durch Ihren Herrn Gauwirtschaftsberater verschiedentlich fernmündlich mitgeteilt wurde, legen Sie besonderen Wert darauf, dass die Firma Friedrich Krupp AG. das zur Zeit

stilliegende Werk in Steinfort übernimmt, um dort eine Weichenbau-Werkstätte einzurichten. Da ich anderseits Wert darauf legen muss, dass jede unnötige Bauarbeit vermieden wird und eine Konzentration der Industrie im Interesse der Aufnahme kriegswichtiger Fertigungen und der vollen .Auslastung vorhandener Maschinen erfolgt, kann ich nach näherer Prüfung der Verhältnisse im Weichenbau der Verlagerung des Weichenbaubetriebes Krupp von Essen nach Steinfort nicht zustimmen.

Ich lege Abdruck meines heute an die Friedr. Krupp AG. gerichteten Schreibens bei, aus dem Sie die näheren Gründe, die zu meiner Entscheidung geführt haben, ersehen wollen.

Für den stilliegenden Betrieb in Steinfort ist eine andere Fertigung vorgesehen; ob diese durch die Firma Krupp oder eine andere Firma eingerichtet wird, wird zur Zeit noch geprüft. Die Entscheidung wirt nach rein sachlichen Gründen gefällt werden müssen. Es kann keinerlei Rücksicht darauf genommen werden, dass die Firma Krupp bereits in Steinforth,

ohne irgendeine Baugenehmigung zu haben, die Umbauarbeiten begonnen hat

Heil Hitler!

gez. S p e e r

 marque son veto formel au projet Krupp. Le 29 octobre, le Gauleíter et Krupp en sont informés (46) Speer précise qu'une autre solution devra être trouvée pour l’usine de Steinfort, l’implantation dune autre entreprise n`est pas impossible. Comme Krupp vient tout juste de signer le contrat de bail, les choses se compliquent.

Speer fait immédiatement arrêter les travaux de construction. Il précise d’ailleurs que ce chantier n’est pas autorise! Sans le dire expressis verbis, il menace Krupp de graves sanctions. Le ministre insiste sur le fait que la fabrication de canons anti-chars (PAK) dans les installations d'Essen a la priorité absolue. Il dénonce la stratégie de Krupp pour transférer la production d’aiguillages à partir des ateliers d'Essen, dans les usines de Rheinhausen, respectivement dans 1'usine de Steinfort. Speer est irrité par le retard que ce plan a causé dans la production des canons. Rheinhausen devra poursuivre son activité comme auparavant. La fabrication d’aiguillages sera adjugée à d‘autres producteurs spécialisés (47).

Ainsi, au début du mois de novembre, les négociations sont dans 1'impasse. Il faut dire que le projet initial aurait eu une certaine importance pour revaloriser le site et pour vivifier la région autour de Steinfort. La décision du ministère ne tient pas compte de ces réflexions. Bien que Simmer tente de minimiser le veto de Speer(48), le chef de l’administration civile vient d'essuyer une défaite.

Speer veut maintenant implanter - sous la régie de Krupp ~ une fabrique de chenilles pour véhicules blindés à Steinfort (49).  Cette nouvelle affectation n’est pas sans poser des problèmes. D`abord, les équipements nécessaires à la production doivent être organisés. Ensuite, certains spécialistes critiquent que Krupp n'a aucune expérience pratique clans la fabrication de chenilles. La décision traîne.

L’avenir de l`usine semble définitivement condamné. La liquidation de l’usine commence dès la fin 1942.” Les Reíchswerke AG  für Berg- und Hüttenbau «Hermann Göring› acquièrent une bonne partie de l’équipement technique et

45- AHLux  CdZA-3-1Z/027: lettre de Speer à Simon, 29 octobre 1942 et lettre de Speer à Krupp, 29 octobre 1942

46- ANLUX Cdz. A-3-12/027: lettre de Speer à Krupp, 29 octobre 1942: «Da durch ihre langwierigen Untersuchungen nunmehr fast 4 Monaten für die Umstellung Ihrer Weichenbauwerkstätte in Essen für die Pak 40-Ferigung verloren gegangen sind, darf ich erwarten dass, dass Sie nunnmehr die auf Grund obiger Entscheidung zu treffenden Massnahmen schnellstens durchführen »

48- ANlux Cdz A-3-12/027: lettre de Simmer à Gustav Simon, 7 novembre 1942

49- ANLUX CdZ A-3-1211027: lettre de Kocnigs à Simmer, 15 novembre 1942

50-  ANLux CdZ A-3-12/()2'7: lettre de Koenigs au CdZ. 16 décembre 1942 ~ ll faut souligner que Krupp garde le droit de premier acquéreur jusqu’au 15 novembre 1942. Or, Krupp ne se manifeste pas.

des constructions métalliques. Comme prévu, une partie en est destinée à reconstruire le complexe sidérurgique de Dniepropetrovsk. Les choses se compliquent davantage lorsque le fabricant de machines et d’élévateurs  Hävemeier&Sander s’intéresse à son tour aux locaux de production à Steinfort. La firme de Hanovre exige que les halls et les grues électriques restent en place.

La position des pouvoirs publics n`est pas sans équivoques. Ainsi, ils aimeraient bien liquider les installations, vu les besoins insatiables en métaux. Les responsables de la Wírtschaftsabteilung essaient de les revendre, mais ils se heurtent à un dilemme: d'une part, ils n’entendent pas fixer un prix de vente trop élevé. De peur de faire profiter les propriétaires ennemis belges, et d`autre part, ils ne veulent pas non plus accorder un traitement de faveur ni à 1'un, ni à |'autre industriel allemand, en cédant sur un prix trop bas.(51).  C’est pourquoi les responsables de la

Zivilverwaltung n’abandonnent pas complètement l’idée du maintien du site. Ils réfléchissent aux moyens de stimuler des investissements permettant de remettre en état de marche les constructions détériorées, Cependant, l`idée de fixer un prix de vente en fonction des capitaux nécessaires au redémarrage s’essouffle vite.

En février-mars 1943, la confusion est totale. Dans la jungle administrative de l`Etat nazi, les fonctionnaires se contredisent - et ceci au sein d'un même ministère, le ministère de Speerl ? Dans un premier temps. Simmer est informé par le Bezirksbeauftragter für den Südwesten und den Westen im Hauptring Eísenerzeugung beim Reichsminister für Bewaffnung und Munitíon qu’apparemment la finition des véhicules blindés serait transférée dans une usine plus appropriée, autre que Steinfort. Quelques jours plus tard, le Gaubeauftragter des Generalbevollmächtígter für die Regelung der Bauwirtschaft Moselland informe le CdZ et la direction de Krupp qu`à la date du 9 février, le ministre compétent - donc Speer ~ vient de décider que la production de chenilles sera définitivement fixée à Steinfort (52).  Or, le 24 mars 1943, Speer revient sur sa décision (53). Les locaux de Steinfort serviront dorénavant à réparer des chars. Le ministre exige que tout y soit prêt au mois de juin,

Krupp se voit à nouveau confronté aux problèmes de recrutement d’ouvriers. En effet, l’activité spécifique attribuée à l`usine fait appel à une main-d’œuvre qualifiée. Les responsables de Krupp réclament une cinquantaine de serruriers, de

51-ANLux Cdi A-3~12/027: noie sur une entrevue entre le représentant de Hävemeier S Sander et le représentant de l’office de l’économie, 26 janvier 'l943

52 - ANLUX CdZ  A~3›12/027: correspondance du 15 février 1943, respectivement du 18 février 1943

55 - ANLux CdZ A-3-12/027: lettre du Reichsminister für Bewaffnung und Munition à Krupp Essen, 27 mars 1943

forgerons, d’électriciens etc., afin de garantir la reprise de l'activité (54). Notons que le manque de main-d`œuvre reste le mal endémique. Encore en août 1944, la direction de Krupp Steinfort intervient auprès de Simmer, pour obtenir 80 ouvriers!(55)  L’absentéisme systématique de 63 ressortissants belges risque de paralyser l’activité de l`usine: le programme «P» (Panzer) est sérieusement compromis.(56).

La direction des ateliers fait tout pour recruter des gens habitant la région de Steinfort. La société exploitante prend la dénomination de Krupp-Stahlbau Gmbh, Steinfort/Moselland. Au cours du mois de novembre, le potentat industriel allemand s’intéresse également aux parties inférieures de l`usine (site sud-est). Seulement le loyer, respectivement le prix de vente fixé par von Emerick est exagéré, Von Emerick est désavoué par le Gauleiter Simon. Fidèle à ses principes, ce dernier plaide en faveur d’un bail modique, sous condition que Krupp garantisse l’implantation d`une entreprise <<saine» (57).  Au cours des mois à venir, Krupp abandonne la partie inférieure de l`usine. Les efforts sont concentrés sur les installations de l'ancienne aciérie. Le bail annuel est fixé à 25.000 RM, au lieu de 30.000 prévus par Koenigs.

N`oublions pas de remarquer que Koenigs, qui peut se vanter d'avoir sauvé les deux grands halls de la démolition (58), reste à son tour attaché à ses idées. Sans relâcher, il s’efforce à revaloriser tout le site industriel de Steinfort. Voilà pourquoi, il négocie avec la société Elektra Wald de Solingen en printemps 1944. Les archives consultées se taisent sur le résultat de ces négociations.

Pour l`instant, nous ne disposons pas non plus de données qui nous permettent de chiffrer et dévaluer l`activité industrielle de l`«usine›› de Steinfort pendant l`occupation allemande. Dans un rapport d'avril 1944. Koenigs estime que les années l942 et 1943, non clôturées, se soldent par un déficit (59).  D'ailleurs la prévi-

54 ANLUX CdZ A~3~l2/027: lettre de Krupp à l’office du travail de Esch-sur-Alzette, 8 avril 1943

55- ANLux CdZ A-3-12/003: Krupp à Simmer 18 août 1944

56- «In den letzten Tagen fehlen von der Gesamtgefolgchaft mit 272 Mann täglich 80-82 Mann, davon allein 63 Belgier. Die fehlenden Leute werden täglich der Arbeitseinsatzdiensstelle in Arel wohl gemeldet und auch von der Gestapo in Arel gesuchl. Beim Aufgreifen werden Sie jedoch nicht wieder unserem Werk sondern durchwegs in Arbeitserziehungslager nach dem Reich überführt»

57 ANLux CdZ A-3-12/027: lettre de la Wirtschaftsabteilung à Assel, Krupp, 3 décembre 1943:

«Der Chef der Zivilverwaltung tritt also dafür ein, dass die au Sie abgetretene Gebäude

und Hallen möglichst billig an Sie verpachtet, bezw. möglichst billig an Sie verkauft werdcn. Der Chef  der Zivilverwaltung erwartet jedoch von der Firma Krupp, dass von ihr ein wirtschaftlichgesundes Unternehmen aufgebaut wird, das vor allem auch in der Lage ist die ihm zufallenden Aufgaben auf sozialem Gebiet zu „

58  ANLux CdZ A›3~12/003: rapport de Koenigs au CdZ, 15 mars l944

58-ANLux  CdZ A-3-l2/003: rapport de Koenigs à Simmer, 18 avril 1944

 sion pour 1944 annonce une perte de 128.000 RM. Grâce aux 1.200.000 RM touchés lors de la vente de machines et d’équipements aux Reichswerke Hermann-Göring. la société de Steinfort peut remplir toutes ses obligations (annuités pour concessions minières, remboursement de prêts, impôts etc.), couvrir le déficit et garder une certaine réserve.

L’année 1944 place les autorités de la Zivilverwaltung devant la question de l'utilisation des biens, classés propriété ennemie (Feíndvermögen). Ces biens sont séquestrés et ne peuvent être réalisés. Jusqu'en 1944, le gouvernement du Reich n'a pas trouvé de solution quant à la réalisation de ces biens. Vu que la pénurie matérielle et financière devient de plus en plus accablante, le Gauleíter cherche à mobiliser toutes les ressources disponibles. L’idée de ponctionner le capital de la Steinforler Hochofen- und Stahlweke AG. voit le jour.

Comme il s’agit de propriété ennemie, Koenigs développe une argumentation particulièrement astucieuse. Il part du principe que les propriétaires belges d'Angleur~Athus ont complètement délaissé les installations de l`usine de Steinfort, guidés par l`unique souci de mettre la main sur les concessions minières. Ce serait donc le mérite des administrateurs nazis et de l'industrie allemande d`avoir contribue à la revalorisation du site en question. Le plan consiste à débloquer les bénéfices rendus possibles par les travaux de restructuration et de rénovation.

Ainsi, Koenigs pense pouvoir verser un forfait de 200.000 RM, suivis des versements annuels du bail payé par Krupp, aux mains du conseiller régional d'Esch-sur-Alzette (Landrat). Ce dernier pourrait ainsi alimenter un fonds destine a propager le développement culturel et social de la commune de Steinfort. La section II] auprès du CdZ suit les conseils de l’administrateur de la société de Steinfort.(60).  Le chaos des derniers mois de l'occupation ne permet plus de mettre en

application ces dispositions.

6° ANLux CdZ A-3-12/003: rapport de Koenigs à Simrner, 18 avril 1944: «Ich schlage vor; dass der Chef der Zivilverwaltschaft in Luxemburg für die Hochofen-und Stahlwerksanlage dadurch erzielt ,dass dei Anlagen von mir als Verwalter verwertet werden, an eine von ihm zu bestimmende Stelle abzuführen,soweit ich diese Mittel nach pflichtmässiger Prüfung als Betriebsmittel entbehren kannt“Il est intéressant de constater à quel point la situation financière de la société du Steinfort est compliquée. La transcription de francs luxembourgeois en Reichsmark s'avère coûteuse. De plus, au cours de 1943, les concessions minieres passent à la Gewerkschaft Lützelburg. Le maintien du capital social au niveau de 1941 à 1942 confronte les autorités à un problème de taille. ~ Et ANLu× CCIZ A~3›12/O03: lettre du bureau économique auprès du CdZ à Koenigs, 22.7. 1944.

Le déclin (1945-1964):

la fin de la société des Hauts Fourneaux et Aciéries

de Steinfort

L’occupation nazie du Grand-Duché correspond au dernier sursaut d'une usine dont l’activité industrielle est moribonde. C’est avec empressement que les autorités nazies ont tenté de redonner au site de Steinfort une certaine importance économique dans le cadre de l’industrie de guerre, Les événements cle 1944-45 autour de Steinfort restent obscurs. A la libération, les troupes américaines s`emparent de l`usine. lls y installent un entrepôt de ravitaillement (61).

L'Etat luxembourgeois s’empresse de trouver une solution appropriée pour les installations. L’office des Séquestres étudie sérieusement comment implanter une nouvelle industrie a Steinlort (62).  Le gouvernement entend créer une commission spéciale, Le nouveau propriétaire, à savoir la firme John Cockerill. y est associe.

ll faut savoir que le 28 mars 1945, Angleur-Athus a cédé la totalité de ses actions de la Steínforter Hochöfcn und Stahlwerke AG à Cockeríll. L’assemblée générale extraordinaire du 28 juillet 19/15, revient sur l’ancienne dénomination Hauts Fourneaux et Aciéries de Steinfort. Or, ce nom masque mal le déclin définitif du site en question. L`échec du projet de l’industriel belge Lefèvre consacre la fin de la métallurgie à Steinfort. Lefevre voulait lancer une société luxembourgeoise spécialisée dans les travaux de tôleries (fabrication de citernes, de réservoirs, de containers, etc) avec une participation de la part de Cockerill (63).

La stratégie de Cockerill repose essentiellement sur la mainmise sur les concessions minière (64). Or, l’exploitation du minerai de fer est liée à l’implantation d`une activité économique sur le site industriel de Steinfort. C’est ainsi que la construction dune usine à phénol est décidée par le Conseil d’administration en janvier 1947. D`aucuns ont beau se montrer enthousiastes (65), l’implantation de l`industrie chimique s`avère particulièrement désastreuse pour l’environnement.

Loin de contribuer à un épanouissement économique de la région, l’activité de l`usine chimique de Steinfort ne sera pas rentable. .Jusqu`en 1958, date à laquelle la production de phénol est suspendue, la société des Hauts Fourneaux et des

61- Belot, /A.: Geschichte der Hütte und der Pfarrei von Steinfort, 1948

62 - ANLux FD97: Fonds Bodson, avis du ministre du Ravitaillement et des Affaires Economiques. Guillaume Konsbruck, Ministre d'Etat, Président du Gouvernement, l4 janvicr 1946

63-ANL.ux  FD97: Fonds Bodson, proposition par G & A Lefèvre frères. 26 avril 1946

64- Lambert, Albert: Beitrag zur Geschichte der Steinforter Eisenhütte, in: Fanfare Union Musicale Steinfort, 85“ anniversaire 1910-1995, 1995

65-  cl. Belot, in: op.cit.

Aciéríes de Steinfort est en lutte contre un endettement croissant. Le 25 juin 1962, cette société est liquidée. Au préalable, Cockerill a réussi à s`emparer des concessions minières, sans être frappé d`une interdiction d’exportation. L`usine chimique proprement dite est encore une fois réactivée, pour s’éteindre définitivement le 30 juin 1964. Le bilan écologique en est désastreux.

 

Please publish modules in offcanvas position.